Historia de Uptodown
Historia de Uptodown

L’histoire d’Uptodown : l’alternative à Google Play

Uptodown est une entreprise basée à Malaga (Espagne) spécialisée dans le téléchargement d’applications. Au fil du temps, elle a su se tailler une place sur le marché mondial jusqu’à s’imposer comme la principale alternative à Google Play. Voici l’histoire d’Uptodown, une société créée par deux jeunes informaticiens avec leurs propres économies, qui ont réussi à la transformer en une entreprise millionnaire sans l’aide d’investisseurs externes ni de partenaires technologiques.

En règle générale, l’écosystème des startups regorge d’exemples de réussite portés par l’arrivée d’investisseurs apportant le capital nécessaire pour passer à l’échelle, ou par des partenaires technologiques leur ouvrant les portes du marché. Les cas d’entrepreneurs qui, armés de leurs seules économies et de leur travail acharné, parviennent à surmonter tous les obstacles pour se hisser au premier plan d’un secteur technologique aussi concurrentiel sont rarissimes. C’est pourtant le cas d’Uptodown.

Par ailleurs, il est encore plus exceptionnel que, fort de cette position privilégiée, les fondateurs aient décliné toutes les offres de rachat millionnaires reçues, préférant continuer à mener eux-mêmes le combat quotidien face à des concurrents mondiaux. Ils affirment que l’argent importe moins que le défi d’être toujours aux avant-postes.

Uptodown, une plateforme de téléchargement d'applications
Uptodown, une plateforme de téléchargement d’applications

La naissance d’Uptodown

Luis Hernández et José Domínguez se sont rencontrés à l’université de Malaga, où ils étudiaient tous deux l’ingénierie informatique. À l’instar de nombre de leurs camarades, ils passaient des heures à concevoir des applications sans avoir les moyens de les faire connaître. Ils devaient se contenter de les présenter à leur cercle d’intimes. C’est dans le cadre d’un projet universitaire qu’ils ont eu l’idée de créer un service web permettant aux développeurs de publier leurs logiciels et d’accroître leur visibilité auprès d’utilisateurs potentiels. L’objectif était de proposer une plateforme de distribution de logiciels ouverte et fiable.

Sans trop hésiter, et avant même la fin de leurs études, ils ont lancé en 2002 un portail de téléchargement d’applications baptisé Uptodown.com. Ils avaient à peine 22 ans. En juillet 2003, ils ont structuré leur activité en fondant la société Media Ingea SL. Leur capital social initial se résumait à deux ordinateurs de bureau et 20 euros en liquide.

Ils ont débuté en constituant un catalogue réunissant leurs propres programmes ainsi que des logiciels tiers. Bien avant de générer leurs premiers revenus, ils ont passé des mois à assurer l’ensemble du travail éditorial, la recherche de nouveaux logiciels et la commercialisation de leurs services.

Luis Hernández et José Domínguez, fondateurs d'Uptodown
Luis Hernández et José Domínguez, fondateurs d’Uptodown

En réalité, les deux amis étaient de véritables passionnés de développement logiciel. José Domínguez (« Pepe ») était spécialisé dans les programmes P2P et la messagerie distribuée, tandis que Luis avait déjà mené des projets ambitieux tels qu’Eremus (un jeu de cartes en ligne) ou Kas2001. Ce dernier était un logiciel d’intelligence artificielle permettant d’interagir avec l’ordinateur et de lui confier la gestion de diverses tâches, comme l’exécution d’un programme ou la consultation des courriels. En somme, l’ancêtre d’Alexa ou de Siri à l’époque, opérant sous Windows.

Le modèle économique

Leur site web, uptodown.com, hébergeait les applications soumises par les développeurs et offrait les outils nécessaires pour que les utilisateurs puissent rechercher et télécharger des logiciels en toute sécurité. C’était—et c’est toujours—ce qu’on appelle aujourd’hui un app store ou un magasin d’applications.

Sur ces plateformes, le créateur fixe le prix de vente de son application, tandis que l’opérateur se charge de la transaction auprès de l’utilisateur final. Généralement, les plateformes prélèvent une commission sur les ventes et reversent le reste à l’auteur (à titre d’exemple, Google ou Apple prélevaient historiquement 30 %). Uptodown a toutefois opté pour une approche différente : aucune commission n’est prélevée sur les transactions, l’intégralité de leurs revenus provenant de la publicité affichée sur la plateforme.

De plus, contrairement à d’autres plateformes de téléchargement, l’entreprise s’est toujours refusée à employer de la publicité intrusive, du téléchargement forcé d’applications tierces ou d’autres pratiques similaires. La seule intervention réalisée sur les fichiers soumis par les développeurs consiste à vérifier l’absence totale de virus ou de logiciels malveillants.

Pour dégager de la rentabilité avec ce modèle économique, il était indispensable de générer un trafic massif. Dès les premiers jours, tous leurs efforts se sont donc portés sur l’acquisition de trafic web. Les utilisateurs visitant le site visualisent des annonces publicitaires, qui constituent la source exclusive de revenus de l’entreprise.

Les premières années

Grâce à un prix « spin-off » décerné par l’université de Malaga, ils ont pu s’installer dans leurs propres locaux en janvier 2003. Il s’agissait d’un bureau temporaire au sein du parc technologique, mais le travail a rapidement commencé à porter ses fruits. Le trafic augmentait de manière continue et les premiers revenus ont fait leur apparition. Néanmoins, durant les deux premières années, ces revenus sont restés très modestes et l’entreprise survivait à peine. À plusieurs reprises, les fondateurs se sont demandé si leur projet avait un avenir.

À cette époque, les logiciels partagés par les utilisateurs étaient essentiellement des programmes pour ordinateurs de bureau ; ils se sont donc concentrés sur la distribution d’applications pour Windows.

Les premières versions du site web d'Uptodown
Les premières versions du site web d’Uptodown

L’année 2005 a marqué un tournant majeur dans l’histoire d’Uptodown. La croissance du trafic a enfin permis d’atteindre la rentabilité. En septembre, ils ont recruté leur tout premier salarié, Álvaro Toledo Sánchez, afin de lui confier la gestion des contenus. Cette embauche s’est révélée stratégique : le catalogue de logiciels Windows allait connaître une expansion fulgurante au cours des années suivantes, et le forum d’Uptodown allait acquérir une immense popularité en Espagne et en Amérique latine.

En 2006, l’équipe s’est focalisée sur l’optimisation SEO et l’amélioration de l’expérience utilisateur (UX) de son site web. Leur visibilité et leur notoriété au sein du secteur technologique ont alors progressé de manière significative. À tel point que de grands groupes tels que Telefónica, Axel Springer ou eBay Espagne les ont sollicités en tant que consultants pour des projets d’envergure, comme les Páginas Amarillas (Pages Jaunes) ou le magazine Computer Hoy.

L’internationalisation d’Uptodown

Après ces premières années marquées par des efforts intenses et des résultats mesurés, l’équipe a décidé de franchir un cap décisif en misant sur l’internationalisation. En juin 2007, ils ont recruté un développeur web, Daniel Rivas, afin de restructurer la plateforme et de l’adapter au multilinguisme. L’entreprise a alors commencé à décliner l’ensemble de ses contenus en anglais puis, dans la foulée, en portugais, avec une attention particulière portée au marché brésilien.

Les deux fondateurs formaient un binôme complémentaire et, au fil du temps, la répartition de leurs responsabilités s’est faite de manière très intuitive. Luis Hernández a pris en charge la stratégie globale et la gestion des équipes, tandis que José Domínguez s’est concentré sur la direction technique.

En 2008, l’entreprise a étendu sa présence en Europe (France, Allemagne et Italie) et a commencé à pénétrer le marché asiatique. Ces initiatives stratégiques ont positionné Uptodown sur la scène internationale comme un acteur de premier plan dans son secteur. Ce processus de déploiement international s’est poursuivi jusqu’à couvrir le monde entier, proposant aujourd’hui ses services en 15 langues avec des équipes dédiées pour chacune d’entre elles (deux à trois personnes par langue).

Versions chinoise et arabe d'Uptodown
Versions chinoise et arabe d’Uptodown

Le virage vers les smartphones

La première décennie des années 2000 a été marquée par l’émergence des smartphones. Les appareils BlackBerry (2002) et Palm (2003) ont fait office de pionniers parmi les téléphones mobiles permettant de consulter sa boîte courriel ou d’accéder à son agenda. En 2007, le lancement du premier iPhone—doté d’un écran tactile et d’un système d’exploitation intuitif—a donné le coup d’envoi d’une nouvelle course technologique qui se poursuit encore aujourd’hui. En 2008, le premier téléphone équipé du système d’exploitation Android faisait son apparition.

Dans ce contexte, Uptodown a pris le tournant du marché mobile en 2011. L’entreprise a réalisé un pari stratégique fort en misant massivement sur les applications Android afin de se positionner comme une alternative directe à Google. Sa plateforme mobile a vu le jour avec un catalogue initial de 2 500 applications Android couvrant les principales catégories : divertissement, productivité, tourisme ou encore multimédia.

Cette décision s’est révélée déterminante dans l’histoire d’Uptodown, déclenchant une hausse exponentielle du trafic et attirant des millions d’utilisateurs mensuels.

L’ensemble de ces facteurs a rapidement consolidé sa position de magasin d’applications mobiles de premier plan à l’échelle internationale. Bien qu’elle ait d’abord distribué ses applications mobiles exclusivement via son site web, l’entreprise a franchi une étape majeure en 2014 en développant sa propre App Store native pour Android. Dès lors, elle s’affirmait officiellement comme une alternative et un concurrent direct de Google Play.

Annonce de l'application Uptodown
Annonce de l’application Uptodown

À la fin de l’année 2014, la plateforme enregistrait 25 millions de visites mensuelles et 130 millions de téléchargements annuels, tout en franchissant le cap du million d’euros de chiffre d’affaires. L’équipe comptait alors 10 collaborateurs au siège et 30 intervenants externes. Cette même année, le catalogue s’est enrichi de six nouvelles langues (l’arabe, le russe, le japonais, le coréen, le chinois et l’indonésien), portant le total à 12 langues. Un tel niveau de localisation permettait à l’entreprise de couvrir potentiellement 90 % des internautes à travers le monde, une performance rare sur le marché.

Uptodown face à la concurrence de Google

En 2015, Uptodown a lancé aux États-Unis la plateforme LaunchPad. Il s’agissait d’un outil marketing conçu pour tester et faire passer à l’échelle (scaler) des applications mobiles lors de leur phase initiale de développement, tout en offrant une visibilité internationale aux logiciels existants. L’entreprise a ensuite noué un partenariat stratégique avec le prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology), permettant à ses étudiants de publier leurs applications directement sur Uptodown. Cet accord lui a permis de proposer des contenus absents des canaux de distribution traditionnels, lui faisant franchir le cap des trois millions de visiteurs uniques mensuels aux États-Unis.

Cette hausse de notoriété a suscité l’intérêt des médias, les journalistes demandant fréquemment à Luis Hernández si son objectif était de s’imposer comme l’alternative à Google Play. Toutefois, ce dernier est toujours resté pragmatique, rappelant que leur part de marché représentait environ 1 % de celle du géant américain.

À l’époque, Luis Hernández ne considérait pas l’entreprise comme un concurrent frontal, mais plutôt comme un acteur complémentaire de l’écosystème Google. Pour télécharger une application via Google Play, l’utilisateur doit obligatoirement posséder un compte et passer par l’application dédiée. Uptodown propose un modèle sans friction : l’utilisateur peut rechercher et installer un programme directement depuis son navigateur web, sans création de compte, sans identifiants de paiement et sans installation de logiciel tiers. Comme le résumait Luis Hernández : « Uptodown contribue à la croissance d’Android », ce qui sert in fine les intérêts de Google.

Cependant, le positionnement de l’entreprise s’est progressivement distancé de celui du géant américain. Uptodown a rejoint les acteurs dénonçant la situation de monopole de fait de Google et l’usage de son pouvoir de marché pour restreindre les développeurs ou les applications jugés indésirables. Luis Hernández souligne ainsi que, tandis que Google Play met en avant les acteurs hégémoniques comme WhatsApp, YouTube, Facebook ou Spotify, Uptodown propose ces références aux côtés d’une multitude d’alternatives bannies par Google. Résultat : le catalogue d’Uptodown est près de quatre fois plus vaste que celui de Google Play.

Uptodown vs Google Play Store
Uptodown vs Google Play Store

Cette divergence stratégique se traduit clairement dans le classement des applications les plus téléchargées. Alors que Google Play est dominé par les incontournables WhatsApp ou Spotify, le titre le plus populaire sur Uptodown a longtemps été TubeMate, un outil de téléchargement de vidéos YouTube interdit sur la plateforme de Google.

Selon ses fondateurs, Uptodown adopte un positionnement plus neutre et démocratique, refusant de déréférencer une application pour des raisons commerciales ou des intérêts tiers. De plus, la plateforme conserve l’historique complet des versions applicatives, permettant aux utilisateurs disposant d’équipements anciens de maintenir leur matériel fonctionnel.

Autre facteur de différenciation majeur mis en avant par Luis Hernández : contrairement à Google Play, Uptodown s’appuie sur une équipe éditoriale spécialisée chargée de tester, analyser et évaluer chaque logiciel. Dès 2016, la plateforme comptait déjà plus de 40 000 analyses rédigées par des experts.

Alors que Google se contente de la fiche fournie par le développeur et des avis d’utilisateurs, Uptodown estime que l’expertise éditoriale indépendante offre une évaluation plus objective et plus riche pour l’utilisateur final.

Luis Hernández résumait ainsi cette philosophie : « Nous offrons la possibilité de télécharger n’importe quelle version de n’importe quel contenu depuis n’importe quel pays, sans les limitations géographiques ou politiques imposées par Google Play ». Pour s’affranchir de ces contraintes d’écosystème, l’entreprise continue d’accorder une place centrale au web ouvert pour la distribution de ses applications.

Les années de croissance

Après des années d’efforts soutenus, Uptodown opérait déjà en 15 langues en 2016 et couvrait la quasi-totalité du globe. L’entreprise a généré 3,2 millions d’euros de chiffre d’affaires publicitaire (soit une hausse de 90 % sur un an) et enregistré plus de 200 millions de téléchargements par mois. Derrière Google, bien qu’à une distance respectable, elle s’imposait comme le deuxième canal de distribution de logiciels Android à l’échelle mondiale.

Le fait remarquable réside dans le fait que ces métriques ont été atteintes avec une équipe restreinte de seulement 10 personnes au siège, appuyée par des traducteurs externes. L’entreprise a su exploiter la technologie de manière optimale en automatisant tous les processus automatisables, conservant ainsi l’agilité et le fonctionnement d’une startup à forte croissance.

L’année 2017 a constitué un tournant majeur dans l’histoire d’Uptodown. La plateforme a fait son entrée dans le classement des 100 sites web les plus visités au monde selon Alexa. En août 2017, elle comptabilisait 107 millions d’utilisateurs uniques mensuels et 499 millions de pages vues. Sur certains marchés stratégiques, son positionnement en termes de trafic était encore plus remarquable : 21e rang au Brésil, 19e au Mexique ou encore 9e au Maroc. En Espagne, le domaine s’est même hissé au rang de premier générateur de trafic du pays.

Pour prendre la mesure de ces chiffres, Uptodown générait en 2017 un volume de trafic mondial supérieur à celui de plateformes comme Spotify (165e rang Alexa), TripAdvisor (246e) ou Airbnb (299e).

Évolution des téléchargements annuels et des utilisateurs uniques chez Uptodown (Années de croissance)
Évolution des téléchargements annuels et des utilisateurs uniques chez Uptodown (Années de croissance)

Lors de la création de la société en 2002, la structure juridique avait été nommée Media Ingea SL. Afin d’aligner la dénomination sociale sur la marque internationale qu’elle était devenue, l’entreprise a officiellement changé de raison sociale en juillet 2017 pour devenir Uptodown Technologies SL. À la fin de cette même année, le siège de Malaga regroupait 12 collaborateurs, complétés par deux à trois spécialistes de la localisation par langue à travers le monde.

En 2018, la plateforme a franchi le cap des 485 millions de téléchargements mensuels et dépassé les 4 millions d’euros de chiffre d’affaires. La croissance de l’activité, le volume de milliards de téléchargements annuels et les effectifs se sont maintenus sur une trajectoire ascendante continue. L’histoire d’Uptodown durant cette période est celle d’un passage à l’échelle (scaling) soutenu et ininterrompu.

Devenir une plateforme de téléchargement officielle

Malgré une position privilégiée sur le marché durant ces années-là, la stratégie pour maintenir la croissance n’était pas évidente. Face aux défis considérables que représente la compétition contre le concepteur du système d’exploitation lui-même, l’entreprise a choisi de se diversifier en proposant des applications pour d’autres équipements : téléviseurs connectés, véhicules ou autres appareils intelligents. De fait, les dirigeants se sont fixé pour objectif d’obtenir des accords d’intégration constructeur (OEM) afin de faire préinstaller leur App Store directement dans la ROM des appareils Android.

Au terme d’un travail de longue haleine, l’application officielle d’Uptodown a finalement été intégrée en 2019 comme magasin d’applications par défaut sur plusieurs plateformes et équipements. Ce fut notamment le cas sur les téléviseurs de la marque NPG, les boîtiers multimédias Entertainment Box, le projecteur Puppy Cube ou encore sur des plateformes d’émulation et de virtualisation telles que LDPlayer ou NOX App Player.

Pour consolider ces avancées, le géant Unity est entré en contact avec l’entreprise en 2020 afin de distribuer ses jeux via Uptodown. Unity étant le leader mondial des moteurs de développement de jeux vidéo, Luis Hernández a qualifié ce partenariat stratégique de « formidable opportunité qui nous positionne définitivement sur l’échiquier mondial ».

Jusqu’alors, le modèle économique reposait exclusivement sur les revenus publicitaires. L’accord conclu avec Unity a permis de diversifier les sources de revenus en introduisant un modèle de partage de commission (revenue sharing) : Uptodown prélevait une commission de 20 % sur les ventes, reversant les 80 % restants aux développeurs. Pour ces derniers, cette offre s’avérait nettement plus attractive que le schéma traditionnel des plateformes de Google ou d’Apple, qui prélevaient 30 % (ne reversant que 70 % au créateur). La concurrence accrue sur ce secteur incitera très probablement ces acteurs historiques à réviser leurs conditions.

Comme l’a précisé Luis Hernández à la suite de cet accord, les éditeurs de logiciels distribuent leurs créations sur un écosystème multi-plateformes (Xbox, PlayStation, iOS, Android, Windows, Ubuntu, etc.), et Unity s’impose comme l’un des distributeurs majeurs dont les solutions dominent le secteur des jeux mobiles.

Tentatives de rachat d’Uptodown

Luis Hernández et José Domínguez ont créé l’entreprise en s’appuyant exclusivement sur leurs économies personnelles. Six mois seulement après sa création, la société atteignait la rentabilité, et les dirigeants ont orchestré sa croissance sans jamais faire appel à des investisseurs externes (bootstrapping). Cette indépendance ne les a toutefois pas épargnés lors des périodes creuses, au cours desquelles ils ont dû procéder à des licenciements, renoncer à leurs propres rémunérations et puiser de nouveau dans leurs réserves personnelles. Les fondateurs ont d’ailleurs reconnu que leur jeunesse avait jouée en leur faveur : « Entreprendre quand on est étudiant n’a rien à voir avec le fait de se lancer à 40 ans. On a moins à perdre et, d’une certaine façon, on avance avec une part de témérité ».

Quoi qu’il en soit, si les bénéfices sont longtemps restés mesurés, les métriques relatives au trafic, aux utilisateurs uniques et au volume de téléchargements ont toujours été impressionnantes. Dans ces conditions, il était naturel que les marques d’intérêt et les propositions d’acquisition se multiplient.

Comme l’ont conféré les fondateurs lors de plusieurs entretiens, l’entreprise a reçu de nombreuses offres de rachat, sans qu’aucune ne présente de réelle motivation stratégique. En 2015, un groupe allemand a formulé une offre à hauteur de 6 millions d’euros, suivie d’une proposition du groupe Planeta s’élevant à 13 millions d’euros. Les deux offres ont été déclinées, les fondateurs évoquant « beaucoup trop de petites lignes dans le contrat ».

Évolution du chiffre d'affaires d'Uptodown
Évolution du chiffre d’affaires d’Uptodown

Plus récemment, l’entreprise a repoussé des offres de rachat dépassant les 100 millions d’euros. Luis Hernández a précisé sa pensée : « Pepe et moi souhaitons conserver le contrôle total de nos opérations plutôt que de le céder à une autre entreprise. Si l’apport financier n’apporte pas de valeur directe au produit, cela n’a aucun sens ».

Les deux associés rappellent que leur priorité n’est pas d’obtenir une valorisation record, mais de trouver un partenaire capable de les soutenir dans l’atteinte de leurs objectifs stratégiques. Selon leurs propres mots : « Nous ne céderions l’entreprise que dans le cadre d’une opération stratégique, jamais pour des raisons purement financières. Vendre la société à Google pour plusieurs dizaines de millions ? Jamais ! La vendre à Yahoo pour rivaliser avec Google ? Là, c’est une tout autre histoire… »

En 2022, Uptodown comptait 35 collaborateurs au siège social et 50 intervenants répartis à travers le monde. L’entreprise affichait un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros, porté par des indicateurs de trafic et de téléchargements en progression constante. L’avenir dira si les fondateurs trouveront prochainement le partenaire idéal : un allié apportant l’appui stratégique et financier nécessaire pour s’imposer comme un rival sérieux face à Google.

Conclusions

Le plus frappant dans cette histoire reste que l’entreprise n’a jamais réalisé la moindre étude de marché, n’a jamais rédigé de business plan et n’a jamais structuré d’équipe commerciale ou marketing dédiée. Leurs fondateurs se sont toujours fiés à leur intuition pour prendre leurs décisions stratégiques.

Lors de l’événement Hackers Week organisé en 2015 par l’université de Malaga, les deux associés ont présenté aux étudiants leurs cinq règles d’or pour créer une startup. Ces règles interpellent par leur caractère peu orthodoxe, tout en reflétant fidèle l’expérience concrète d’entrepreneurs ayant réussi.

Siège social d'Uptodown à Malaga (Espagne)
Siège social d’Uptodown à Malaga (Espagne)

Voici ces cinq principes :

  • Ne pas perdre de temps ni d’énergie à rédiger un business plan. Selon eux, personne ne lit les business plans et ces derniers deviennent obsolètes très rapidement. Il vaut mieux se concentrer sur le développement du produit. (Il convient de rappeler que leur croissance a été entièrement autofinancée, sans jamais recourir à des investissements externes).
  • Bien choisir son équipe. Trouver des personnes qui partagent votre vision et comprennent le projet est déterminant. Au début, tout le monde touche à tout : la cohésion et la synchronisation de l’équipe sont donc essentielles.
  • Faire preuve d’ambition. Luis Hernández soutient qu’il faut se fixer des objectifs élevés sans se cantonner au court terme. Poursuivre une vision ambitieuse est le meilleur moyen d’embarquer les équipes avec enthousiasme.
  • Si vous ne vous amusez pas, arrêtez. L’entrepreneuriat est un parcours d’obstacles permanent. La passion et le plaisir au quotidien sont les seuls moteurs permettant de les surmonter. Il faut savoir apprécier le chemin parcouru.
  • Trouver un évangéliste. Hernández explique qu’au démarrage, un entrepreneur se retrouve isolé, sans masse critique et sans repères. Pouvoir s’appuyer sur une figure de référence servant de plateforme de connaissances permet d’éviter de s’égarer.

Selon Luis Hernández, le fait de maintenir leur siège social en Espagne a constitué un véritable atout compétitif : les développeurs du monde entier perçoivent l’Europe comme un espace plus neutre que les États-Unis, ce qui permet à l’entreprise de nouer de très bons liens aussi bien avec l’Occident qu’avec l’Orient.

En savoir plus sur l’histoire d’Uptodown

Il convient d’admettre que le titre de cet article peut paraître un brin ambitieux. Uptodown demeure une structure à taille humaine, avec des effectifs réduits et un chiffre d’affaires modeste. Pour autant, ses indicateurs en matière d’utilisateurs uniques, de téléchargements mensuels et sa notoriété internationale sont tout simplement impressionnants. Si ces métriques ne représentent qu’environ 2 % de l’activité globale de Google Play, Uptodown n’en reste pas moins le premier concurrent direct du géant américain—un résultat accompli par une équipe restreinte, en toute indépendance et sur fonds propres. Quel que soit le point de vue adopté, cette histoire ne manque pas de forcer l’admiration.

L’entrepreneuriat est un domaine passionnant qui donne naissance à de fabuleux parcours. Si vous êtes en quête d’inspiration ou tout simplement intéressé par cet écosystème, ce blog propose de nombreux autres contenus similaires. N’hésitez pas à utiliser le moteur de recherche situé en haut de page pour les découvrir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *