Historia de CoverManager
Historia de CoverManager

L’histoire de CoverManager : Le logiciel qui remplit las tables de la restauration mondiale

CoverManager est une entreprise basée à Séville, en Espagne, qui a révolutionné le secteur de la restauration grâce à des solutions technologiques innovantes pour la gestion intégrale des établissements, incluant les réservations, les commandes et les paiements à table. Depuis sa création, l’entreprise est passée du statut de startup émergente à celui de référence internationale, digitalisant l’activité de milliers de restaurants, parmi lesquels des établissements haut de gamme et des tables étoilées au guide Michelin. Voici l’histoire de CoverManager.

L’idée de CoverManager est née de l’observation d’un besoin réel dans le secteur de la restauration : l’optimisation de la gestion des réservations. Les fondateurs ont constaté que de nombreux établissements éprouvaient des difficultés à maximiser leur taux d’occupation et à améliorer l’expérience client à cause de processus manuels et déconnectés. C’est ainsi qu’ils ont décidé de développer une plateforme facilitant non seulement la réservation, mais aussi la gestion globale du restaurant.

CoverManager s’est imposée comme l’une des startups espagnoles les plus en vue du secteur technologique. Fondée en 2015 por José Antonio Pérez Moral et Carlos Pérez Fernández, l’entreprise a évolué, passant d’une solution locale de gestion des réservations à une plateforme mondiale intégrant des services de commercialisation, de vente (réservations), de paiement à table et de fidélisation des clients. Avec une valorisation de plusieurs centaines de millions d’euros, une présence dans des dizaines de pays et un portefeuille de milliers de restaurants, son histoire témoigne d’une innovation constante, d’une grande adaptabilité et d’une vision stratégique.

Durant ses premières années, l’entreprise a fonctionné sur fonds propres, sans investissement externe, réussissant à doubler de taille chaque année. Cette période a été marquée par la validation de son logiciel sur le marché espagnol, séduisant des clients aux restaurants étoilés Michelin ainsi que des chaînes émergentes. Au fil du temps, l’ouverture du capital à des investisseurs externes leur a ouvert les portes de l’internationalisation et du développement d’une large gamme de services adaptables à chaque restaurant ou entreprise de restauration.

CoverManager. Logiciel de gestion et de commercialisation pour restaurants.
CoverManager. Logiciel de gestion et de commercialisation pour restaurants.

Les fondateurs de CoverManager

CoverManager a été fondée en 2015 par deux Sévillans : José Antonio Pérez Moral (né en 1984) et Carlos Pérez Fernández (né en 1985). Carlos est passionné d’informatique depuis son plus jeune âge ; il a commencé à programmer dès l’âge de 12 ans sur le ZX Spectrum de son frère. Avec un grand-père ingénieur aéronautique et un père ingénieur industriel, la technologie a toujours fait partie du quotidien familial. Carlos a étudié l’ingénierie informatique à l’Université de Séville. Il confie lui-même qu’il n’était pas un très bon élève, mais son amour pour le matériel informatique (hardware) et la robotique l’a naturellement orienté vers l’ingénierie.

Lors de sa dernière année d’université, Carlos a effectué un stage au sein d’une startup qui gérait un magasin de jouets en ligne. Cette petite structure lui a permis de toucher à différents aspects de l’entreprise, et il a été profondément marqué par l’esprit d’entreprise qui y régnait. Une fois diplômé, il a travaillé comme développeur de logiciels dans plusieurs entreprises, notamment dans le secteur du commerce électronique.

De son côté, José Antonio se souvient que, lorsqu’il était enfant, il rêvait déjà de participer à la création et à la construction de projets. Il a étudié l’ingénierie des télécommunications. Ses études terminées, il a travaillé d’abord dans le secteur aéronautique, puis dans le secteur de l’énergie électrique. Issu d’une famille où son frère était lui aussi entrepreneur, il n’a pas hésité à quitter son emploi pour se lancer. José Antonio a estimé que le secteur de la restauration (hospitality) était un choix judicieux en raison de sa taille immense. Étant un secteur très traditionnel, il offrait de formidables opportunités d’innovation.

La startup de jouets où Carlos travaillait l’a encouragé à participer à des événements pour entrepreneurs. José Antonio, quant à lui, était déjà un habitué de ces rendez-vous. C’est très probablement ce qui les a amenés à se croiser lors d’un événement organisé à Séville appelé Iniciador. Ce rassemblement visait à créer un espace de collaboration, de formation et de réseautage (networking) pour permettre aux entrepreneurs de valider leurs idées, d’acquérir de nouvelles connaissances et de nouer des contacts avec de potentiels investisseurs et mentors. Au fil des rencontres, cette coïncidence s’est transformée en amitié et en un désir partagé de relever de nouveaux défis.

Fondateurs de CoverManager : José Antonio Pérez Moral et Carlos Pérez Fernández.
Fondateurs de CoverManager : José Antonio Pérez Moral et Carlos Pérez Fernández.

Comment CoverManager a été créé

José Antonio a été le premier des associés à se jeter à l’eau dans le monde de l’entrepreneuriat. En mai 2010, il a cofondé Yspoon avec Daniel Escribano Alés. Yspoon était une entreprise chargée de livrer des menus du jour aux employés et aux travailleurs sur leur lieu de travail, leur évitant ainsi d’avoir à préparer leur repas à la maison ou à chercher un endroit où manger. Malheureusement, ils se sont heurtés à une forte concurrence dotée de ressources et d’une couverture géographique plus importantes, comme El Tenedor (l’actuel TheFork) ou Restaurantes.com. En mai 2012, l’entreprise a cessé ses activités.

Quelques mois plus tard, en septembre 2012, José Antonio a eu une autre idée : Restaurant50. Cette entreprise, créée aux côtés d’Ignacio Candau García, visait à gérer les réservations de dernière minute dans les restaurants. Si un établissement se retrouvait avec des tables vides au dernier moment, ils optimisaient leur taux d’occupation en échange de réductions sur les prix. Carlos Pérez a été l’un des premiers employés de Restaurant50 en juillet 2013. Connaissant les talents de programmeur de Carlos, José Antonio n’a pas hésité à lui proposer le poste de CTO (directeur technique). Carlos avait une grande dextérité pour écrire du code et était capable de résoudre n’importe quel défi.

Après presque deux ans de dur labeur, ils ont finalement mis fin au projet en 2015. En cause : des coûts opérationnels élevés qui ne laissaient pas une marge suffisante pour garantir sa viabilité. Comme le souligne José Antonio lui-même : « En 2013, j’ai commencé avec une application et un site web servant de canal de vente pour les restaurants. L’idée était d’obtenir la meilleure table de dernière minute, c’est-à-dire celle qui offrait le meilleur prix ou celle qui avait été annulée au dernier moment. Bien que cela n’ait pas fonctionné non plus, c’est là que nous avons compris que la meilleure table est celle que l’on revend après une annulation ».

Se retrouvant à nouveau sans projet, José Antonio a décidé de prendre son temps. Après avoir mené des entretiens avec plus de 200 professionnels de la restauration, il s’est rendu compte que le problème central des restaurants était la gestion des réservations et, surtout, comment résoudre le problème des clients qui réservent et ne se présentent pas (les no-shows). Ce dernier phénomène entraîne des pertes pouvant dépasser 15 % du chiffre d’affaires annuel. Selon José Antonio : « Je me suis rendu compte que je m’y prenais mal. Je partais de la création d’une solution, alors qu’il fallait partir d’un problème. Je me suis mis à l’écoute pour comprendre quelles étaient les vraies difficultés des restaurateurs ».

L’opportunité était enfin claire. Il a proposé l’idée à Carlos et tous deux ont décidé de tenter le tout pour le tout. En octobre de la même année, ils ont créé CoverManager. Heureusement, les similitudes entre Restaurant50 et ce nouveau projet leur ont permis de réutiliser près de 40 % du code du premier projet. La nouvelle idée consistait à créer un logiciel de gestion des réservations utilisable par les restaurateurs en mode SaaS (Software As A Service). Ils ont déclaré avoir investi à eux deux 250 000 euros de leurs propres économies.

Heureusement, l’expérience acquise par le duo avec Restaurant50 est devenue le socle technologique et opérationnel qui a permis à ce nouveau lancement d’être beaucoup plus agile que le précédent. Cela prouve, une fois de plus, qu’un échec apparent peut se transformer en levier d’innovation et de réussite.

Gestion des réservations au restaurant.
Gestion des réservations au restaurant.

Le modèle économique initial de CoverManager

José Antonio et Carlos ont constitué une équipe parfaitement préparée pour relever le défi. José Antonio apportait l’expérience pratique de deux projets entrepreneuriaux dans le secteur. De son côté, Carlos avait accumulé une solide expertise dans le développement de ce type de solutions. Tous deux connaissaient les besoins du marché et avaient des idées claires sur la manière d’apporter de la valeur. José Antonio a endossé le rôle de CEO (directeur général) du projet, tandis que Carlos est devenu le CTO (directeur technique).

Leur obsession était de réussir à créer une solution globale et évolutive (scalable). Néanmoins, ils se sont d’abord concentrés sur la résolution du problème des clients qui ne se présentaient pas (les no-shows). Pour ce faire, leur première proposition a consisté à digitaliser et automatiser le processus de réservation. À ses débuts, le logiciel envoyait des rappels automatiques aux clients pour qu’ils confirment leur présence (soit par SMS, soit par des notifications sur l’application).

Cette solution a évolué et s’est perfectionnée jusqu’ à devenir un système innovant reposant sur deux piliers fondamentaux :

  • La garantie financière : Au moment de la réservation, une certaine somme est bloquée sur la carte de crédit du client. Ce montant est libéré si le client se présente ; dans le cas contraire, la somme est versée à l’établissement en guise de compensation pour la perte financière causée par l’absence.
  • La gestion des risques : Au fil du temps, la solution a intégré un algorithme capable d’analyser le risque associé à chaque réservation. En fonction du profil de risque du client ou du type de service, un montant d’empreinte bancaire différent était appliqué. Pour y parvenir, l’outil se connectait automatiquement aux systèmes de réservation des hôtels, des restaurants et d’autres services. Cela garantissait une gestion transparente et en temps réel, réduisant l’intervention manuelle et les erreurs.

Le résultat a marqué un avant et un après pour les restaurants. CoverManager a permis une amélioration significative de l’optimisation du taux d’occupation, ce qui a réduit drastiquement les pertes économiques liées aux réservations non honorées. Selon CoverManager, les pertes de chiffre d’affaires dues aux no-shows sont passées, pour certains restaurants, de 15 % à seulement 2 %.

Par ailleurs, ils ont également voulu innover en rompant avec le modèle traditionnel des commissions. Alors que les plateformes d’apport d’affaires comme El Tenedor/TheFork facturaient une commission représentant entre 15 % et 25 % de l’addition — ce qui grevait l’activité du restaurant —, la proposition de CoverManager reposait sur un abonnement mensuel fixe (à partir de 99 euros). De plus, les établissements pouvaient gérer les réservations directement depuis leur propre site web, évitant ainsi les intermédiaires. Cette approche B2B SaaS (Software as a Service) perdure aujourd’hui.

Pour rappel, CoverManager développe des technologies pour le secteur de l’accueil. C’est ce que l’on appelle une entreprise de hospitality-tech. Cette technologie fait référence aux solutions utilisées dans le secteur de l’hôtellerie, de la restauration et des services de voyage. De manière générale, son but est d’améliorer les opérations et l’expérience client grâce à des plateformes de commercialisation, de réservation, de gestion interne et de gestion de la relation client (CRM).

Validation du modèle

Avec le recul, les fondateurs et les analystes s’accordent à dire que la croissance de CoverManager est passée par différentes étapes. À la phase initiale de stress, entièrement centrée sur la validation du modèle, ont succédé des phases d’expansion et d’internationalisation, avant que l’entreprise ne s’impose comme un modèle mondial prometteur.

Le lancement de CoverManager en 2015 s’est fait auprès de 14 restaurants pilotes à Séville. Heureusement, certains d’entre eux étaient des établissements emblématiques, comme la Taberna del Alabardero ou Abades Triana, qui ont fait office de véritables ambassadeurs de la marque. Après avoir validé leur concept, ils se sont rapidement développés à Madrid et à Barcelone. Ce travail initial a été très intense et exigeant, mais ils ont brillamment clôturé l’année 2016 avec un portefeuille de 87 clients et un chiffre d’affaires de 120 000 euros. De plus, leur taux de rétention était particulièrement élevé grâce aux efforts constants déployés pour offrir un support client très personnalisé.

Dès ses origines, la plateforme a été conçue pour répondre aux exigences des restaurants haut de gamme. C’est pourquoi ses solutions ont immédiatement séduit les meilleures tables de la ville, y compris les restaurants étoilés au guide Michelin. En conséquence, la plateforme a connu une croissance constante en Espagne. Au fil du temps, CoverManager a élargi son offre pour répondre aux besoins d’une gamme plus diversifiée d’établissements, incluant des restaurants indépendants, des chaînes de restauration et des entreprises de différents segments du marché.

En 2017, ils ont réussi à synchroniser les réservations de leur plateforme avec celles de TripAdvisor, Google ou TheFork. Cette avancée a attiré des chaînes de restaurants majeures comme Goiko Grill et leur a permis de conquérir 320 nouveaux clients en Espagne. Boostées par ce succès, les équipes se sont lancées à la conquête du marché espagnol à plus grande échelle.

On peut dire que durant cette première période, la croissance de CoverManager a reposé sur la validation continue de son modèle économique.

CoverManager : Réservation via les réseaux sociaux.
CoverManager : Réservation via les réseaux sociaux.

Expansion et internationalisation

Tout laissait penser qu’ils disposaient des outils attendus par le marché et qu’ils avaient trouvé le modèle économique idéal pour les exploiter. Face à un rythme de croissance devenu irrésistible, ils ont estimé que le moment était venu de regarder au-delà du marché national et de se lancer dans l’internationalisation.

Refusant de s’endetter et soucieux d’éviter le moindre faux pas — surtout après avoir tant progressé —, ils ont choisi de donner la priorité à la fidélisation opérationnelle plutôt qu’à une acquisition massive et effrénée de clients. Pour sauter le pas à l’international, ils ont ciblé en priorité les pays répondant aux critères suivants :

  • Une forte densité de restaurants premium (plus de 15 pour 100 000 habitants).
  • Des législations favorables aux solutions SaaS.
  • Une faible pénétration des concurrents directs.

En appliquant ces règles, ils se sont implantés en 2019 d’abord au Portugal, puis en Italie. Afin de répliquer le succès espagnol, ils ont créé des équipes locales de 3 à 5 personnes (ventes, support et un responsable pays). Grâce à elles, ils se sont concentrés sur la capture de clients emblématiques dans chaque pays pour qu’ils servent de vitrine et d’exemple pour le reste du marché.

Fin 2019, l’entreprise comptait 1 200 clients, 15 employés et un chiffre d’affaires de 2,1 millions d’euros. Tous les voyants étaient au vert, mais la pandémie de Covid-19 a soudainement éclaté. Tout s’est effondré. Pourtant, loin de baisser les bras, ils ont compris que c’était le moment idéal pour perfectionner leurs solutions et faire un véritable saut de qualité. Au cours de l’année 2020, ils ont offert des licences gratuites et lancé leur service de livraison (CoverAtHome), connectant leur plateforme à celle des entreprises de livraison (sans assurer eux-mêmes la logistique du transport). Cela a permis aux restaurants d’utiliser la plateforme pour continuer à servir des repas à domicile. Résultat : en 2020, ils ont séduit 620 nouveaux clients et atteint un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros.

L’année 2021 a elle aussi été synonyme de forte croissance. Pour donner un ordre d’idée, 65 % de leurs clients étaient des restaurants indépendants (de 25 à 50 tables), 20 % étaient des chaînes de restauration (comme Goiko ou La Mafia) et les 15 % restants étaient des établissements premium de renommée internationale, tels que DiverXO (Dabiz Muñoz), El Celler de Can Roca (les frères Roca), Aponiente (Ángel León) ou Smoked Room (Dani García). D’ailleurs, 12 des 50 meilleurs restaurants espagnols utilisaient déjà CoverManager.

Chiffre d'affaires de CoverManager (Source : registres historiques et projections).
Chiffre d’affaires de CoverManager (Source : registres historiques et projections).

L’entrée des investisseurs

Au cours de ces six premières années, les fondateurs ont reçu plusieurs offres d’investissement ; ils les ont pourtant déclinées afin de conserver le contrôle opérationnel, privilégiant ainsi la croissance organique de l’entreprise. Cependant, ils ont estimé que le moment était venu de prendre leur expansion internationale au sérieux. Bien que leurs revenus récurrents soient particulièrement fiables, ils ne suffisaient pas à financer le potentiel de croissance qu’ils imaginaient. S’ils avaient réussi à en arriver là grâce à leurs propres économies et revenus, transformer leur projet en une entreprise mondiale impliquait de prendre des risques, ce qui les a poussés à chercher de l’aide à l’extérieur.

En 2022, ils ont décidé qu’il était temps non seulement de lever des fonds, mais aussi de rechercher un accompagnement spécialisé pour les aider à passer à l’échelle (scaler). En mai de cette année-là, ils ont bouclé un premier tour de table (levée de fonds) qui leur a permis de récolter 35 millions d’euros. Parmi los investisseurs figuraient des personnalités de premier plan du secteur, telles que Félix Ruiz (cofondateur de Tuenti ou Playtomic, 12 M€), Javier Gutiérrez (CEO du Grupo Dani García, 8 M€), Paco Ávila (fondateur de Medac, 7 M€) ou Fernando Martínez (Alia Capital, 5 M€), entre autres. À l’issue de cet investissement, l’entreprise a été valorisée à 150 millions d’euros, les fondateurs conservant 75 % du capital.

Ces apports ont constitué non seulement un soutien financier, mais ont aussi ouvert l’accès à des réseaux d’experts et à des conseils cruciaux pour le développement de la structure. Paco Ávila, l’un des investisseurs, déclarait alors : « Il faudrait que nous soyons bien maladroits si, avec le groupe qui vient de se former, nous ne sommes pas capables d’accélérer la croissance de l’entreprise de manière percutante. Il est fort possible que nous ayons trouvé la prochaine licorne espagnole ».

Plus tard, en décembre 2022, la banque d’affaires britannique GP Bullhound a injecté 14 millions d’euros supplémentaires, complétés par 3 millions d’euros apportés par Félix Ruiz, portant le financement total à 52 millions d’euros. Suite à cette opération, la valorisation de la pépite espagnole s’établissait à 140 millions d’euros. Fin 2022, CoverManager comptait 6 800 clients, 170 employés et un chiffre d’affaires de 14 millions d’euros.

Les acquisitions de CoverManager

En 2022, l’entreprise a ouvert des bureaux au Chili et au Mexique et s’est implantée en Allemagne, où elle a également racheté la société de réservation de restaurants Seatris.ai (octobre 2022). Cette acquisition, réglée en partie en numéraire (cash) et en partie en actions, a apporté 1 200 clients basés en Allemagne, en Autriche et en Suisse, tout en intégrant sa technologie d’IA pour la prévision de la demande à la suite de solutions de CoverManager (CoverBookings, CoverAtHome, CoverOntheGo et CoverAtTable).

Engagée dans cette course à l’accélération de la croissance, l’entreprise a racheté en 2023 la société PremiumGuest (le prix payé aurait tourné autour de 15 millions d’euros). Fondée en 2018 par Anxo Coterillo, Pol Domingo, Iñaki Morton et Vicent Guasch, cette start-up avait pour ambition de digitaliser le secteur des loisirs et de la nuit en remplaçant les processus manuels par un logiciel (vente de billets, réservation de tables, gestion des canaux de vente, relations publiques, etc.). Grâce à cette opération, CoverManager a réussi à faire son entrée dans 400 discothèques (nightclubs) et clubs de plage (beach clubs), le plus célèbre d’entre eux étant sans doute le Pacha Ibiza.

En octobre 2023, ils ont franchi une nouvelle étape en faisant l’acquisition de l’entreprise française Guestonline. Créée en 2007, cette société a été pionnière sur le marché français des logiciels de réservation pour les restaurants. Ensemble, CoverManager et Guestonline sont devenus les prestataires de services de plus de 400 restaurants étoilés au guide Michelin, notamment ceux de chefs de renommée internationale tels que Paul Bocuse, Sébastien Bras, Glenn Viel, Alexandre Mazzia, Kei Kobayashi, Hugo Roellinger, Ángel León, Joan Roca, Dani García, Dabiz Muñoz ou Quique Dacosta. L’opération s’est définitivement concrétisée fin 2024, lorsque Guestonline a officiellement adopté le nom de CoverManager.

Évolution de CoverManager (2015-2025).
Évolution de CoverManager (2015-2025).

La consolidation comme standard mondial

On peut aisément imaginer que ces deux dernières années ont été particulièrement vertigineuses pour les deux fondateurs. Habitués à travailler dur et à croître de manière sécurisée, étape par étape, ils ont soudainement été emportés dans un tourbillon financier, organisationnel et de croissance d’infrastructure qui en déstabiliserait plus d’un. Heureusement, ils ont su s’entourer des bons conseillers.

Le résultat est sans appel : ils ont abordé l’année 2024 avec des bureaux dans cinq pays européens (Espagne, France, Italie, Portugal et Allemagne) et trois pays américains (Chili, Colombie et Mexique), s’appuyant sur un portefeuille de 16 000 clients répartis dans 25 pays et un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros. Parmi leurs clients figurent les meilleures tables de la planète.

Selon José Antonio Pérez : « Nous sommes l’allié technologique idéal pour le secteur de la restauration et nous nous concentrons sur le front-end, c’est-à-dire sur l’apport de solutions visant à améliorer la demande, l’opérationnel, le marketing et la fidélisation client ». De plus, CoverManager permet d’intégrer ses solutions à plus de 40 logiciels de back-end (prise de commande, systèmes de caisse [POS] et gestion des stocks). Toutes ces données sont centralisées dans le CRM du client afin de générer des analyses et des rapports précieux pour l’aide à la décision.

Se tournant vers l’avenir, José Antonio affirme : « La digitalisation de cette industrie, en comptant tous les concurrents, n’atteint même pas 4 % actuellement. Notre objectif est de devenir les leaders mondiaux ». Entre l’Europe et l’Amérique, on compte environ un million de restaurants, dont seulement 1,6 % utilisent CoverManager : le potentiel de croissance reste donc immense.

Aux États-Unis, la marque compte déjà ses 200 premiers clients. En mars 2025, elle franchissait la barre des 18 000 clients, ce qui représente la gestion d’environ 25 millions de convives par mois. L’entreprise table sur un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros d’ici la fin de l’année. Quant à la valorisation de la société, elle atteint désormais 340 millions d’euros. Tout le monde espère qu’elle parviendra à se transformer en licorne.

Pour reprendre les mots de Carlos : « À partir de maintenant, toute l’histoire de Cover reste à écrire si nous voulons toucher le monde entier et devenir un acteur véritablement mondial ». José Antonio, de son côté, conclut ainsi : « Le grand rêve est de laisser une empreinte durable. Faire en sorte que Cover devienne le standard technologique de l’hôtellerie-restauration ».

Les solutions technologiques de CoverManager

La solution principale de CoverManager consistait à créer un système de garantie des réservations grâce à la mise en place d’une empreinte bancaire préventive sur la carte de crédit des clients. De cette manière, l’entreprise protégeait non seulement les revenus des établissements, mais incitait également les clients à honorer leurs réservations, réduisant ainsi de manière significative le problème des no-shows dans le secteur.

Une fois cet objectif initial atteint, et puisque l’ambition de CoverManager était d’accompagner les restaurants dans la gestion globale de leurs ventes, l’entreprise a développé au fil du temps des solutions complémentaires pour répondre aux différents besoins de ses clients. Par exemple, au-delà de la gestion des réservations, certains établissements avaient besoin d’un outil de gestion des files d’attente, de l’intégration des commandes à table ou de la gestion des livraisons (delivery).

Un autre avantage majeur des solutions de CoverManager réside dans leur intégration directe sur le site web du restaurant, sans qu’il soit nécessaire d’installer un logiciel ou de télécharger des applications externes. Cela permet au restaurant de préserver pleinement son image de marque dans sa relation avec ses clients.

Les principaux outils développés par CoverManager sont les suivants :

  • CoverBookings (2015) pour la gestion des réservations. Il permet l’attribution des tables et la redirection de la demande d’un restaurant vers un autre établissement du même groupe ou de la même chaîne.
  • CoverAtTable (2018) pour la gestion des commandes et des paiements à table via QR code. Il propose des menus digitaux ou le partage de l’addition par convive, ce qui s’avère particulièrement utile en période de pénurie de personnel.
  • CoverAtHome (2020) pour la gestion logistique de la livraison et de la vente à emporter (takeaway). Cette option permet également de commander de la nourriture via les réseaux sociaux.
  • CoverAssistant (2021) pour la gestion des appels grâce à une intelligence artificielle (IA) conversationnelle. Le système enregistre automatiquement les réservations du restaurant via un assistant virtuel. Il parle 8 langues et adapte son ton à chaque type d’établissement (soutenu pour les étoilés Michelin, plus chaleureux pour les autres).
  • CoverDigital (2022) pour la gestion automatisée du SEO et du marketing digital. Cet outil permet d’augmenter les réservations issues des canaux directs de l’établissement (réseaux sociaux) et d’améliorer sa visibilité en ligne (SEO).
  • CoverOnTheGo (2022) pour la gestion des files d’attente à l’entrée des restaurants, afin de maximiser le taux d’occupation et la rotation des tables. Il s’agit d’un tableau virtuel permettant d’inscrire les clients arrivant sans réservation, ces derniers pouvant suivre en temps réel l’avancement de leur demande.
  • CoverEnterprise (2023) est une solution globale conçue pour répondre aux besoins des chaînes de restaurants multinationales et des établissements à fort volume. Cette solution combine des outils de gestion opérationnelle, d’analyse prédictive et de personnalisation à grande échelle. Elle gère les stocks, les campagnes marketing, la tarification dynamique (dynamic pricing), etc., et offre une intégration d’entreprise avec les systèmes ERP, POS et les solutions de business intelligence.
  • CoverAnalytics (2024). Il s’agit d’un outil de business intelligence qui prédit les pics de demande en utilisant des données historiques et des variables externes (comme la météo ou les événements locaux). Il identifie également les clients les plus rentables (analyse de la valeur vie client ou CLV / Customer Lifetime Value), permettant ainsi de lancer des campagnes de fidélisation segmentées.
  • Channel Manager (2024) pour la synchronisation des disponibilités sur plus de 15 canaux. Il permet une gestion unifiée des différents canaux de vente afin de capter la demande là où elle se trouve, augmentant ainsi le volume de réservations.
  • CoverSense (2025) utilise des capteurs placés sur les tables pour analyser automatiquement l’expérience client, sans que celui-ci ait besoin de l’exprimer de vive voix. Par exemple, il peut détecter la frustration d’un client grâce à son ton de voix et alerter le responsable (manager) en temps réel. Lors des tests menés dans 150 établissements pilotes, cet outil a permis de réduire les réclamations de 63 %.

L’idée finale est d’offrir l’ensemble des outils logiciels dont un professionnel de la restauration peut avoir besoin pour la vente et la commercialisation de ses services. Cette intégration évite aux établissements de devoir faire appel à de multiples prestataires, réduisant ainsi leurs coûts opérationnels et leur temps d’apprentissage. En somme, CoverManager propose la gestion multicanale des ventes, des outils de marketing (comme l’envoi d’e-mails de masse), des passerelles de paiement, un CRM, la collecte d’avis (reviews), l’intégration avec les principales plateformes de livraison à domicile et la génération de rapports d’activité.

La vente de CoverManager à PSG Equity

Zenchef est une entreprise française fondée en 2011, concurrente de CoverManager. Bien qu’elle soit de taille plus modeste — avec environ 6 000 restaurants partenaires —, elle bénéficie d’une forte présence en Europe du Nord. Depuis 2022, l’actionnaire majoritaire de Zenchef est PSG Equity. Cette société américaine est une société d’investissement spécialisée dans les entreprises de services technologiques déjà établies et dotées d’un modèle économique validé, mais qui ont besoin de capitaux pour se développer rapidement. C’est ce que l’on appelle une société de growth equity (ou capital-développement).

PSG Equity s’est rendu compte que Zenchef et CoverManager étaient deux entreprises particulièrement complémentaires. Tandis que l’une opérait en Europe du Nord, l’autre était solidement implantée en Europe du Sud et en Amérique latine. Ainsi, en juillet 2025, PSG Equity a acquis une participation majoritaire dans CoverManager et a fusionné les deux entités. L’opération a valorisé CoverManager à environ 350 millions d’euros, dont plus de la moitié a été payée en numéraire (cash) et le reste en actions de la nouvelle société de holding.

Bien que les deux structures fusionnent au sein d’un même holding, elles conserveront leurs marques respectives, leurs sièges sociaux et leurs équipes. Thomas Jeanjean, jusqu’alors CEO de Zenchef, assumera le rôle de CEO du nouveau groupe. Les fondateurs de CoverManager resteront à la tête de leur entreprise et siègeront au conseil d’administration du holding ainsi créé. Bien que les chiffres exacts n’aient pas été divulgués, il se dit que les fondateurs détenaient 70 % de CoverManager avant la fusion et que PSG Equity a pris 70 % du groupe résultant. Tout porte à croire que José Antonio et Carlos conservent une participation hautement significative dans ce nouvel ensemble.

La fusion de ces deux champions permet d’atteindre un réseau de plus de 36 000 restaurants dans 20 pays, dont 800 établissements étoilés au guide Michelin, représentant 60 % des tables étoilées en France et au Benelux, et 50 % en Espagne. La plateforme ainsi constituée sera en mesure de rivaliser avec les géants mondiaux du secteur. Les synergies dégagées faciliteront leur objectif commun : bâtir un standard technologique puissant, axé sur la digitalisation, l’optimisation des revenus (yield management) et le contrôle du cycle complet du client grâce à des solutions basées sur l’intelligence artificielle.

Selon José Antonio Pérez : « Les deux entreprises partagent une vision commune centrée sur le fait de redonner le contrôle aux restaurateurs, d’optimiser leurs revenus et d’améliorer l’expérience client ». Il a également souligné que ce nouveau groupe permettra de « créer une plateforme globale pilotée par les données et l’intelligence artificielle, qui va bien au-delà des systèmes de réservation traditionnels ».

Photo des employés de CoverManager à Séville.
Photo des employés de CoverManager à Séville.

Conclusions sur l’histoire de CoverManager

L’histoire de CoverManager est un exemple inspirant de la manière dont l’innovation technologique, conjuguée à une vision entrepreneuriale et au soutien d’investisseurs stratégiques, peut transformer un secteur traditionnel tel que la restauration. Forts de leur solide formation et de leurs expériences passées, les fondateurs ont su détecter un besoin réel sur le marché et concevoir les solutions adéquates, permettant ainsi aux restaurants d’optimiser leur gestion et de sublimer l’expérience client. Grâce à une stratégie d’expansion bien définie et une présence internationale grandissante, CoverManager continue de dicter les tendances du secteur, prouvant que la digitalisation est la clé du succès dans la nouvelle ère de la restauration.

Pour aller un peu plus loin, il semble que le secret de leur réussite ait résidé dans leur volonté de toujours donner la priorité au retour sur investissement (ROI) tangible de leurs clients, avant toute autre considération. Les fondateurs se félicitent d’avoir pratiqué une écoute active des besoins réels des professionnels et d’avoir été capables d’y apporter des réponses parfaitement adaptées.

Fin 2025, CoverManager occupait une position consolidée sur le marché mondial. Forte d’une équipe de près de 300 collaborateurs et d’un logiciel disponible en huit langues, CoverManager prévoyait d’atteindre un chiffre d’affaires annuel de quelque 40 millions d’euros, démontrant sa faculté à innover et à s’adapter aux exigences d’un secteur hautement concurrentiel.

Les fondateurs, José Antonio et Carlos, ont prouvé que la résilience et l’adaptabilité sont indispensables dans l’écosystème des start-ups. CoverManager ne se contente pas de résoudre les défis opérationnels de la restauration : elle redéfinit la relation entre les établissements et leurs convives à l’ère du numérique. Tout cela fait de CoverManager une référence incontournable de la technologie de l’accueil (hospitality-tech).

Bibliographie

Bien que les contenus de ce blog aient une vocation purement informative et de vulgarisation, nous prenons la vérification des données très au sérieux. Nos articles découlent d’entretiens réalisés avec les protagonistes ou des experts du secteur, ainsi que d’une recherche minutieuse au sein de sources officielles, de médias, de publications scientifiques et de reportages. C’est pourquoi les histoires que nous partageons sont fréquemment saluées par leurs propres acteurs pour leur fidélité et leur exactitude. Quoi qu’il en soit, si vous relevez une erreur ou une inexactitude, nous vous serions très reconnaissants de bien vouloir laisser un commentaire à la fin de l’article ou de nous la signaler à l’adresse blog@carballar.com.

Cependant, s’agissant d’un blog de vulgarisation et à but non lucratif, nous sommes contraints de fonctionner de manière austère, ce qui nous empêche de consacrer le temps nécessaire au référencement exhaustif de chaque donnée présentée. Néanmoins, si vous souhaitez vérifier l’une de ces informations, nous joignons ci-dessous une partie des sources utilisées. Veuillez noter que, s’agissant d’une entreprise espagnole, la majeure partie de ces sources est en espagnol.

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